49 personnes tuées au cours d’une intervention policière en 2025
Article de Basta : https://basta.media/49-personnes-tuees-pintervention-police-en-2025-violences-policieres
Basta! recense 49 décès liés à une intervention des forces de l’ordre – police, gendarmerie et police municipale – en 2025. Ce chiffre pourra éventuellement évoluer lorsque les rapports de « la police des polices », IGPN (pour les policiers) et IGGN (pour les gendarmes), seront publiés. Il est pour l’instant inférieur aux décès de 2024, au nombre de 66 – un niveau inédit depuis que nous tenons à jour cette base de données sur les interactions policières létales (chiffre auquel s’ajoutent trois décès directement ou indirectement du fait de policiers hors service). Au-delà des chiffres, ce sont les circonstances dans lesquelles ces décès se produisent qui livrent des éléments sur la légitimité – ou non – du recours à la force dans ces 49 décès [1].
La police nationale est impliquée dans plus d’une trentaine d’affaires, la gendarmerie dans une dizaine de cas et la police municipale dans cinq décès. Ces interventions létales recouvrent des situations très différentes : des personnes qui ont elles-mêmes ouvert le feu sur les forces de l’ordre ou qui viennent de perpétrer un féminicide ; des personnes en décompensation psychique et jugées, à tort ou à raison, menaçantes ; des adolescents tentant d’éviter un contrôle de police ; ou des personnes interpellées et victimes d’un « malaise » entre les mains de la police. Plusieurs affaires soulèvent des interrogations, en particulier quand la version policière diffère de celle de témoins de la scène.
Morts par balles, armés ou non
Cela reste la première cause de décès : lorsque policiers ou gendarmes font usage de leur arme à feu, ce qui est le cas dans dix-neuf de ces décès. Dans quatre de ces interventions, les forces de l’ordre ont été amenées à riposter. Sur une aire d’autoroute à Selongey, en Côte-d’Or, le 8 février 2025, des policiers du Raid en filature sont visés par des tirs d’armes automatiques venant des suspects qu’ils surveillaient dans le cadre d’une enquête pour « aide au séjour en bande organisée et association de malfaiteurs ». L’un des suspects est tué.
Un mois plus tard, un homme au masque de clown muni d’un sabre prend en otage la gérante d’une fromagerie à Bidart, près de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Au moment de la négociation avec des policiers de la Bac arrivés sur place, il pointe une arme vers eux et semble faire feu, avec un pistolet qui se révélera factice. Les policiers de la Bac ripostent et tuent cet ancien militaire. À Metz (Moselle), c’est un homme qui menace de sa fenêtre les passants avec une arme à canon long, pendant la nuit. Vers 3 heures du matin, il ouvre le feu en direction de policiers, blessant trois d’entre eux, selon le récit du parquet.
D’autres décès surviennent alors que les agents interviennent dans le cadre de violences conjugales ou intrafamiliales, comme cette affaire qui implique un homme menaçant avec un pic à brochettes les agents appelés par son ex-compagne à Wingles dans le Pas-de-Calais. Ou Franck Ollivo, qui vient de commettre un féminicide en assassinant son ex-compagne, Tatiana Mevel, à Saint-Jouan-des-Guérets (Ille-et-Vilaine), le 8 août 2025, et qui menace avec une machette les gendarmes à leur arrivée.
Armes blanches et souffrance psychique
Les forces de sécurité font de plus en plus souvent face à des profils de personnes plutôt âgées et souvent en grande détresse psychique, provoquant un comportement parfois agressif. C’est le cas de Jacky, souffrant de schizophrénie et retranché avec ses deux enfants et leur mère au Lamentin, en Martinique, avant d’être tué par le Raid alors que les policiers ont cru entendre une détonation. « Il a supplié pour qu’on lui donne des soins et, résultat, il a pris deux balles, uniquement », regrette sa cousine.
Début 2025, c’est un homme nu dans une église de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) qui menace des passants puis des policiers avec un couteau avant d’être tué. À La Réunion, Jean dit « Ti-Fred » se retranche dans son appartement pour éviter une hospitalisation sous contrainte jusqu’à ce que la gendarmerie intervienne. Selon le procureur, ce sexagénaire aurait menacé les militaires qui ont ouvert le feu après avoir tenté de le maîtriser avec leur Taser. La gendarme est convoquée par l’IGGN pour justifier son tir.
À Dugny (Seine-Saint-Denis), des habitants présents ce 26 février évoquent une « bavure policière » à propos de la mort Nicolas Larue. Présenté comme « véhément », cet homme atteint de schizophrénie et armé de couteaux est tué par les policiers. Ces derniers, alertés par un ambulancier, avaient utilisé leur Taser « sans succès », avant d’ouvrir le feu. La famille du défunt déplore une spirale d’incompréhensions.
Les zones d’ombre de la légitime défense
Juridiquement, l’ouverture du feu sur une personne armée n’est pas légitime par principe. Selon l’article 122-5 du Code pénal, les forces de l’ordre doivent justifier de conditions d’immédiateté, de nécessité, et de proportionnalité de la riposte à un danger.
Plusieurs de ces affaires sont d’ailleurs entourées de zones d’ombres. C’est le cas dans la mort de Gabriel Bée, tué par des gendarmes chez lui, près de Niort (Deux-Sèvres) le 21 mai 2025, à la suite d’un signalement pour tapage nocturne.
L’enquête a conclu que ces tirs étaient « nécessaires » face au trentenaire qui aurait brandi une matraque. Les proches du défunt contestent cette version en s’appuyant sur deux vidéos enregistrées le soir des faits. « C’est aberrant qu’on puisse mourir alors qu’on a mis la musique trop fort », déplore sa mère.
Après une fête à Plum (Nouvelle-Calédonie / Kanaky), Faara Tournier, ne détient pas d’arme quand il reçoit une balle mortelle tirée par un gendarme, en septembre. Ce dernier a ouvert le feu sur un véhicule qu’il estimait menaçant, tuant Faara Tournier qui n’en était pas le conducteur. Selon la version du gendarme, il était passager ; selon plusieurs témoins, il était à l’extérieur. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) dénonce un « déploiement démesuré de plusieurs contingents de policiers et de gendarmes mobiles ».
Une personne a aussi succombé à une arme dite non létale. En avril 2025, un homme, « errant pieds nus » dans les rues de Paris, meurt après avoir reçu, lors d’une arrestation musclée, un tir de Taser venu d’une patrouille de police sollicitée par le Samu.
Refus d’obtempérer et fuites
Onze personnes ont péri dans un accident routier en lien direct ou indirect avec une intervention des forces de l’ordre. En décembre dernier, un policier municipal de Nice écrase une piétonne, lors d’une marche arrière au volant de sa voiture. Dans l’Oise, Sylvette C. meurt dans une collision avec un véhicule de gendarmerie qui partait en intervention.
La plupart de ces accidents mortels ont cependant lieu lors d’un « refus d’obtempérer » ou d’une tentative de fuite. Le 24 janvier, Thibaut W., dit « Bilal », meurt en scooter après avoir été pris en chasse par les polices municipale et nationale qui cherchaient à le contrôler. La famille dépose plainte et demande la saisine de l’IGPN. Des témoignages recueillis par les proches de la victime affirment que « la police le serrait ».
La cousine de Siméo Hingard, 16 ans, s’interroge aussi sur la distance à laquelle se trouvait le véhicule de police municipale de Tourcoing qui poursuivait l’adolescent à la suite d’une infraction routière en deux-roues, avant qu’il ne percute mortellement un poteau. Nolan, 13 ans, lui, meurt dans un accident de voiture alors que le véhicule était suivi par la police, à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire).
Par ailleurs, deux personnes migrantes ont perdu la vie en mer après que leur embarcation a été heurtée par la police aux frontières au large de Mayotte.
Morts entre les mains des forces de l’ordre
Enfin, dix personnes sont décédées lors de leur interpellation ou lors de leur détention dans un commissariat ou une gendarmerie, dans des conditions parfois floues. En Seine-et-Marne, C. aurait heurté un panneau de signalisation avant de faire un « malaise » au moment de son interpellation par la Bac.
En juin, durant son transfert à la gendarmerie de Villeneuve-Tolosane (Haute-Garonne), un automobiliste arrêté après une altercation se serait montré violent envers lui-même jusqu’à « se taper la tête dans la camionnette », d’après le parquet. Il est décédé quelques minutes après son interpellation.
Plus de 20 morts en 2026
D’autres personnes décédées dans des commissariats sont présentés comme des « toxicomanes » ou des « marginaux », et ont été interpellés pour des suspicions de vol, avec ou sans violence, ou pour ivresse sur la voie publique. En état d’ébriété, Adrian B. succombe à un arrêt cardiaque dans sa cellule de dégrisement en avril 2025, malgré les soins prodigués par les policiers et les pompiers parisiens. Le même mois, S. K. connaît une fin de vie similaire dans les locaux de la police Roubaix.
Depuis le début de l’année 2026, nous dénombrons plus d’une vingtaine de décès, en cinq mois. Auxquels s’ajoute le triple meurtre commis par un policier municipal, le 8 mai, contre son épouse et leurs deux filles de 9 et 13 ans, dans le Val-d’Oise, avec son arme de service. Ce type de drame n’est pas le premier. Et pose une nouvelle fois la question des armes qui peuvent être gardées par les policiers en dehors de leur service.